Carnet de route

WE snowboard alpi aux Pics de Combeynot

Le 30/03/2019 par PATTIER Pierre

Samedi 30 mars

Ça fait seulement 1 an que j’en ai entendu parler mais depuis ça me trottait dans la tête… le Combeynot ! Un nom qui m’intriguait car je savais qu’il y avait des courses sérieuses dans le coin.

Passé à proximité il y a 2 semaines, plus un suivi régulier des BRA et de skitour, je me suis dit que c’était l’occasion, l’alignement des planètes étant plutôt favorable (stabilisation de plus en plus avancée, faces nord qui restent au frais et gardent la neige, peu de chutes de neige donc des accus limitées, températures en baisse avec grand beau pour le combo gagnant regel/transfo…). En plus je me rends compte que je suis de plus en plus « mort de faim » donc avec de pareilles conditions ce serait dommage de s’en priver.

Reste la question avec qui ?

On a déjà causé avec Aurél et Gus de se faire un week-end ensemble. Pour Aurél pas de soucis, il a bien plus d’expérience et de niveau que moi. En revanche pour Gus, il vient seulement de commencer le snow alpi, n’a jamais cramponné ni fait de pente raide… Mince, ça me fait suer de l’écarter alors qu’en plus il était bien chaud pour s’impliquer dans le projet. Allez, après tout il a le niveau en snowboard et si je veux un jour devenir encadrant c’est l’occasion de commencer en le formant sur le terrain pour la partie alpi. Je n’ai qu’à leur proposer une course soutenue mais raisonnable pour s’échauffer le premier jour et une sérieuse pour le lendemain.

Aussitôt pensé, aussitôt proposé, les 2 compères valident et j’apprends qu’il y a également Julie qui est de la partie. Nickel chrome !

On se retrouve donc tous les 4 le samedi à 8h au Col du Lautaret autour du traditionnel café. Par la même occasion on échange avec le patron du bar qui est plutôt au courant des couloirs en conditions et de ce qui s’est sorti récemment. Ça s’annonce très trafollé.

8h50, on entame la course, direction le Roc noir des Combeynot. Je prends le « lead’ » mais j’ai tendance à ouvrir un peu et 1 heure plus tard on a déjà avalé plus de 400 m+… Ce serait bien que je me détende. Petite pause et on reprend la course jusqu’à attaquer la pente finale avec 250 m de 30/35°. Une belle pente régulière et large qui se referme au niveau de la crête (2861). Arrivés à bon port, on chausse les crampons pour se faire un morceau de crête jusqu’à surplomber le couloir N (2990) qui est une option possible pour une deuxième remontée.

On redescend récupérer et chausser nos boards. Avec Aurél on s’élance de la crête pour un départ plus pentu mais avec un passage non négociable au milieu d’un banc de requins. Bien mal m’en prend, je rate une réception en back et me retrouve à glisser doucement mais sûrement sur les fesses. J’essaye tant bien que mal d’ancrer mon piolet pour me stopper et me retourner mais dans les gobelets c’est peine perdue, autant essayer de pelleter du sable avec un bâton de sourcier… Je finis par arriver sur ces fichus requins qui m’attendent la gueule béante, je pose ma planche dessus aussi délicatement que possible et de là j’ai enfin une position stable pour repartir mais qui me coutera une nouvelle cicatrice sous ma board…

Le plus technique est passé, on est maintenant 4 à s’élancer tour à tour pour aller rider le banc de poudreuse encore vierge en bord de pente. Il y en a suffisamment pour que chacun y laisse sa trace et se rassasie car quand je repropose l’option du couloir nord (qui implique une remontée), je suis le seul motivé. On ne s’attarde pas, il nous attend une traversée avant de retrouver de l’inclinaison et notamment une petite corniche des familles à sauter pour se rétablir dans une pente chargée de bonne poudre. La dernière avant le plat final et transfo à point.

C’est maintenant l’heure de se poser pour déjeuner et on retourne au café de la ferme avec son patron rencontré le matin et ses serveuses joviales et dynamiques qui complémentent ce moment de détente.

Pour la soirée on ira se caler à l’auberge de Villar d’Arène autour d’un bon petit repas fait par nos soins grâce à la cuisine commune. La question qui clôturera la soirée sera : « Quelle heure demain ? » car le système demande de changer d’heure mais le soleil n’en a cure. Ce sera donc 9h nouvelle heure. Qui a dit qu’on dormait une heure de moins ???

 

Dimanche 31 mars

Ce coup-ci on est un peu plus efficace que la veille et à 09h30 on prend notre départ à la suite des nombreux randonneurs qui arpentent le Vallon de Combeynot. Rapidement on se met à serpenter dans cette face qui reste soutenue puis on se scinde en 2 groupes. Comme ça me gonfle de jouer au ping-pong, que la face n’est pas craignos et que j’ai trouvé un filon de neige dure, je me lance droit dans la pente et Ju’ prend ma suite. Je garde néanmoins mes distances avec la combe adjacente pour m’entraîner à tracer si le risque du BRA avait été plus élevé. La technique demeure énergivore mais efficace et on arrive rapidement à 2600. Petite pause puis on ressoude le groupe avec Gus et Aurél qui nous rejoignent.

On fait le point et Aurél s’interroge sur le fait de continuer avec tout ce monde que l’on va retrouver en haut et qui risque de compliquer la descente. On prend l’option de continuer et d’aviser lorsqu’on aura le sommet en vue pour voir si l’on entreprend de faire demi-tour et d’aller se faire un couloir en petit comité. On se détourne de la course classique pour prendre une variante qui nous fait passer par une pente prononcée mais dans une neige qui promet du plaisir pour la descente. Déjà je sais que si on fait demi-tour rapidement, y’aura au moins ce tronçon de gagné.

On continue la progression en rejoignant la combe finale dont la pente se redresse de plus en plus lorsque l’on croise l’itinéraire classique. La neige tantôt béton, tantôt poudre devient méchamment sans cohésion à certains endroits. C’est la deuxième fois que j’ai une raquette qui glisse. Pétard ! Je ne suis pourtant pas loin de rejoindre l’épaule. D’un côté j’ai confiance pour y arriver et d’un autre je me connais. L’obstination et l’orgueil font que j’ai tendance à toujours pousser le bouchon jusqu’à… Bon sang, t’es vraiment trop con ! Oui ça peut passer mais si jamais tu glisses tu ne pourras pas dire que tu n’avais pas vu les signes avant coureurs. C’est bon, je stabilise ma position, pose le sac et passe en mode crampons. Ju’ qui est à proximité prend le pas pendant qu’Aurél et Gus traversent tranquillement car ils ont récupéré plus bas le trajet classique. Une fois équipés Ju’ propose que l’on parte droit dans la pente. Vendu ! La traversée serait plus rapide mais beaucoup moins sympa. Je me lance donc à tailler des marches et à progresser pas à pas. C’est long et physique mais quelle sensation magique de progresser collé à la pente, cette forme de symbiose avec ce qui constitue mon obstacle et en même temps me retient de la chute…

On se retrouve tous sur l’épaule et avec Aurél et Julie on gravit les 80 derniers mètres pour rejoindre la crête que l’on suit pour atteindre le sommet. 3155, nous voilà au Pic ouest de Combeynot. Le temps de contempler le panorama, qu’Aurél fasse une mini sieste sous la douceur des rayons du soleil et on prend le chemin du retour.

Avec Aurél on rechausse au niveau de la crête. Les premières dizaines de mètres sont en neige dure, raide et expo, et vu mes performances de la veille je vais éviter de jouer au héros, surtout qu’en contrebas il y a d’autres randonneurs dans ma trajectoire. Je passe donc en mode « feuille morte » jusqu’à rejoindre le début de la grande pente. Je commence à m’engager sur celle-ci en mode méfiant et d’un coup c’est la révélation. Je lance un premier virage et pôpôpôh ! c’est juste énorme !!! J’ai l’impression d’être un poussin qui saute dans un nid rempli de duvet. Grosse couche de poudre tempête bonne ! Il n’en faut pas plus à Aurél qui regardait mon départ pour se lancer à balle tel un faucon pèlerin en piqué. Je lui emboîte le pas tout en maîtrisant mon allure car je n’ai ni sa dextérité ni son aisance. Gros virages, grosse poudre, grosse pente ! C’est bien la première fois que j’ai de la telle neige dans du raide (départ >35°). Je balaye d’un coup d’œil la pente pour vérifier qu’il y a dégun en-dessous de nous car j’ai l’impression que l’on emporte la montagne. Les plaques se délitent sous nos boards ravageuses et l’on ride dans des flots de blocs et de poudre qui dévalent à toute allure, renforçant les sensations sauvages.

Gus et Ju’ embrayent et on descend à l’affut des zones de poudre repérées à l’aller. La fameuse pente où l’on avait bifurqué tient ses promesses poudreuses. Le début du Vallon de Combeynot se fait plus dur avec ses zones ventées mais Aurél réussi à nous dénicher un petit passage resserré type couloir. Ah tiens « couloir », j’étais parti pour proposer de remonter celui à proximité du Col des Clochettes. Bon tant pis, savourons cette descente et on verra plus tard…

Une dernière pente un peu transfo avant le replat. Et mince, je rate encore un virage et me fait valdinguer par ma vitesse avant de réussir à me rétablir. Décidément, ce serrait bien que je réussisse un jour à rider « propre » de haut en bas.

Bah bah bah ! Qu’est-ce que c’était bon cette descente. Finalement on ne regrette pas d’être allé jusqu’en haut et on a réussi à passer en esquivant la foule. Et tellement je ne m’attendais pas à un tel ride et de telles sensations que je ne propose pas de retourner faire un couloir. De toute façon il commence à se faire tard, il prend déjà le soleil.

Déjeuner à notre toujours aussi sympathique café de la ferme. On boucle les sacs et on prend le chemin du retour malgré l’envie de prolonger. Ça m’a donné bien faim tout cela et les échanges avec d’autres randonneurs m’ont donné des idées pour une prochaine…

Et puis j’ai aussi appris personnellement sur la façon d’encadrer une course, de transmettre son savoir, de se mettre en sécurité, sur la lecture de la neige…

 

Merci à Julie, Aurélien et Guillaume pour ces bons moments, ces sensations partagées et ces conversations. Avec plaisir pour remettre ça.

 

 

Pierre






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