Carnet de route

Un Chourum olympique 4 saisons

Le 02/03/2019 par PATTIER Pierre

Vendredi 1er mars en milieu d’après-midi, on prend la route avec Jean-Marc C. et Philippe pour rejoindre Nicholas et Sylvain qui sont déjà sur place à la cabane du Pra de l’Aup (1515). On ne s’attardera pas sur les différents guenillages dignes de nos confrères de Grenoble qui font qu’entre incompréhension sur le rdv de covoiturage, retard, non-écoute des directives du GPS et erreurs de lecture de carto, on arrivera après 21h à la cabane… Au grand dam de Nico et Sylvain qui nous attendaient impatiemment puisqu’on montait le dîner.

Ces incidents se font vite oublier par la chaleur du poêle et de nos retrouvailles. Première sortie entre encadrants et futurs encadrants qui permet de se retrouver maintenant que la section snowboard s’étoffe et que l’on est amené à chacun faire des sorties de son côté. Pour autant ce n’est pas le rendez-vous des anciens combattants car le combat est bien d’actualité, objectif du lendemain : le Grand Ferrand en boucle par le Chourum olympique et la Baume fromagère (1600 m+ 4.1 E4 AD+ http://www.skitour.fr/topos/grand-ferrand,3694.html).

Mais trêve de bavardages, l’heure tourne et on ne tarde pas à aller se coucher car demain ça va piquer : lever prévu à 5h15. Les sacs sont prêts et dehors le ciel est dégagé et laisse paraître sa panoplie étoilée.

 

Samedi 2 mars

À peine le réveil sonne-t-il que c’est le branle-bas de combat. On range vite fait le dortoir pour aller prendre notre petit déj et s’équiper. 6h15, le check DVA est validé et on entame la course sur une neige plutôt regelée. Les conditions ont changé, ciel bas et on progresse dans le brouillard. L’application iphigénie est vite appréciée et permet de gagner du temps pour déterminer notre position et faciliter notre progression.

7h45, on progresse dans le Vallon du Grand Villard et de lointaines et sombres silhouettes se dessinent de plus en plus nettement. Instant magique, le brouillard se dissipe et laisse apparaître les falaises bordant le vallon. C’est avec le même adjectif que chacun décrit le paysage qui s’offre à nous : « lunaire ».

8h25, arrivés aux abords du creux du Gouturier (2250), nous avons maintenant notre cible en visu. Ou plutôt nos cibles devrais-je dire puisque les 2 chourums se surplombent au milieu d’un grand cirque.

9h15 : les raquettistes arrivent à l’entrée du premier chourum (~2450) et s’équipent pour l’alpi pendant que les spliteux se galèrent dans la longue traversée qui longe le creux du Gouturier. Et oui, malgré les 5 cm de fraîche tombés pendant la nuit, la sous-couche est gelée et la faible trace n’est pas assez portante pour les larges patins des splits.

9h50 : tout le monde est réuni et fin prêt, encordés pour l’exercice. C’est parti pour le monde magique des chourums ! Le début de progression est aisé avec de bonnes grosses marches dans 15 cm de poudre rabattus par le vent à l’intérieur de la cavité. Très vite on atteint la sortie mais là les ennuis commencent. Sylvain qui est mon premier de cordée perd un crampon. Nous sommes la première cordée donc on bloque toute progression pour les cordées suivantes car positionnés dans un goulot étroit. Et histoire de pimenter les choses, le temps que Sylvain remette son crampon, les cordées qui sont sur une vire supérieure font dévaler des spindrifts qui s’engouffrent violemment dans le chourum, nous cinglent le visage et nous recouvrent d’une fine couche de poudre…

L’ascension reprend, on passe un ressaut de glace et quelques mètres plus loin on fait une pause aux abords de l’entonnoir qui se réduit sur le chourum.

Traversée de la vire olympique, expo mais large, majestueuse et surplombant le cirque, puis deuxième ascension pour pénétrer dans le deuxième chourum (~2630). Là encore, de profondes marches au début avant d’aller buter sur un ressaut de glace bien vive. Difficile de décrire l’ambiance entre la concentration requise dûe à l’exposition (E4), la difficulté technique du passage, la confiance et la responsabilité du fait d’être encordé et en même temps la magnificence du lieu avec sa double arche en forme d’araignée mise en valeur par l’éclat du soleil…

Un dernier mini-chourum ou plutôt une souricière pour sortir tête basse en faisant attention de ne pas racler le snowboard et enfin arpenter la dernière pente raide avant le replat du sommet.

11h45 : petite photo souvenir au Grand Ferrand (2758). On ne s’éternise pas pour regagner l’itinéraire de descente par la voie normale car le sommet est balayé par de fortes bourrasques et notre prise au vent est augmentée par les planches dans le dos. De plus, des nappes de brouillard nous arrivent dessus.

Descente par les rochers, un petit rappel et on gagne le haut de la pente en neige (40/45° SE). On terrasse nos plateformes, on se prépare à chausser et là nouvelle galère, à croire qu’on aime se mettre en difficulté jusqu’au bout. Nico a un souci avec une fixation et il la répare pendant que les nappes de brouillard nous englobent et diminuent la visi. On n’est plus à ça près, il se met à neigeoter… Au moins, avec l’ensoleillement limité pendant la matinée, les pentes n’auront pas trop transformé. C’est toujours ça de pris.

Peu après 13h, on entame la descente dans la purée de poix. La fraiche est bonne mais repose sur de la neige gelée donc on négocie les virages avec circonspection, tout en gardant de la visu sur chacun.

Après les pentes raides, l’aventure va être moins palpitante et je vais faire mon bon Français car je crois que je n’ai jamais autant râlé durant une course. On enchaîne un grand nombre de traversées qui me paraissent interminables, en plus d’être éprouvantes quand on est Regular car toujours en back, et que je vais souvent terminer à pied pour remonter retrouver les copains car j’aurais trop perdu d’altitude. Je finis quand même par oublier ce cauchemar avec les pentes finales dans une transfo un poil lourde mais avec quelques sapins à slalomer.

14h15 : on arrive à la cabane. Un bon déjeuner après toutes ces émotions, on plie les sacs, on met un coup de balai et on coupe un peu de bois avant de descendre à pied les 300 m- qui nous séparent des voitures.

 

Voilà terminée une couse hors du commun par sa difficulté, sa technicité, son expo, son ambiance, sa météo, sa durée et ses péripéties.

Merci à chacun pour sa bonne humeur qui a égayé la cabane, et pour sa confiance qui nous unit bien plus que la corde dans les passages délicats.

 

Pierre

 

Les photos : https://photos.app.goo.gl/gZQ2R749Zqvxx5qZ7

 

"Chourum All'impec" comme a dit Phil

Définition du mot "chourum" : wikipedia






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