Carnet de route

Snowboard cabane en Ubaye - 9 au 11 avril 2018

Le 09/04/2018 par PATTIER Pierre

Lundi 9 avril – La cabane

Je récupère Sandrine à 6h et on file vers Maljasset, laissant rapidement derrière nous la pluie de la région aixoise pour découvrir un lever du jour ensoleillé sur le Dévoluy. Hélas, plus on se rapproche de notre destination et plus ça se couvre…

Aux alentours de 10h on trouve le lieu de départ (1920), on s’équipe et à 10h45 on prend le chemin du vallon de Mary.

Le démarrage est un peu rude avec les sacs bien chargés mais ça passe et vers midi on atteint la fin de la partie boisée. On s’arrête alors pour faire le chargement en bois en récupérant les branches des mélèzes qui se sont cassées avec le poids de la neige.

C’est parti pour le mode pulka pour les 200 m de déniv qu’il nous reste à parcourir jusqu’à la Bergerie supérieure de Mary. L’itinéraire devient bosselé et Sandrine qui me laisse en tête me file des tuyaux pour tracer un chemin optimum et éviter de faire du dénivelé inutile.

Le fait d’avoir étudié la carte auparavant pour préparer des courses m’aide à reconnaître les points culminants et caractéristiques qui nous entourent et à nous situer approximativement.

 

14h20, on arrive à la fameuse bergerie (2379). Surprise, on s’était préparé à devoir déneiger la porte d’entrée que j’imaginais bloquée par 1,50 m de neige et en fait rien de cela, « Tire la chevillette, la bobinette cherra ». Merci quand même à PO qui nous a conseillé de repérer auparavant la position de la porte de la cabane avec les photos à notre disposition.

Un rapide état des lieux. Des lits, des matelas, des couvertures, quelques ustensiles et vivres, et surtout un poêle !

À peine le temps de se poser que l’on croise un groupe de skieurs qui descendent du col de Mary. Ils ont fait demi-tour à cause de la visi nulle. On cause 2 minutes et ils nous proposent quelques courses sympas dans le coin avant de reprendre leur descente.

 

Deuxième mission cabane : maintenant que l’on a monté du bois, mettre en route le chauffage… Épisode bien plus long que mon compte-rendu, c’est pour dire !

Le mélèze a beau être un résineux, je n’avais jamais vu des brindilles qui ne prennent pas feu. Sandrine est très persévérante, et après plusieurs techniques d’allumage il s’avère que badigeonner du carton ou un mouchoir de fart donne un combustible assez efficace.

Le feu est maintenant parti, on peut passer au déjeuner.

 

17h. Toutes ces péripéties nous amènent tard dans la journée. La pause café est terminée, le poêle a beau chauffer ce qu’il peut, on dégage toujours de la vapeur dans la cabane quand on respire et au-dehors il semblerait qu’il y ait un semblant d’amélioration.

Je propose à Sandrine de faire une petite course au-dessus de la cabane, histoire de prendre l’air et de savourer un peu cette couche de poudre que l’on a tracé le matin. Au début elle n’est pas trop emballée car elle craint que le feu s’éteigne en notre absence mais finalement elle se laisse tenter.

Elle n’a pas besoin dans dire plus sur son inquiétude sur le fait de ne pas s’absenter trop longtemps de la cabane, elle trace à bloc et j’ai l’impression d’être au Shabrakross… Quelques dizaines de minutes plus tard on se retrouve 200 m plus haut au col entre l’Aiguille large et la Roche de Marinet.

Le brouillard nous tombe dessus : stop. On se prépare à faire demi-tour, et tout en chaussant elle me demande mon avis. Je suis partant pour redescendre même si j’avoue que j’ai une hésitation sur le fait que les vagues de brouillard ont tendance à ne pas s’arrêter et ça me laisse espérer une éclaircie… On se donne 5 minutes.

Les 5 minutes sont à peine écoulées que la vague passe. On se reéquipe et c’est reparti pour passer entre les lacs de Marinet et atteindre le col entre la Roche de Marinet et la Roche noire (~2560). À peine a-t-on terminé de s’équiper pour la descente que le miracle s’opère. Ce n’est plus une vague de brouillard qui s’éloigne, c’est carrément une éclaircie qui s’offre à nous ! Le vallon de Mary prend relief et lumière et c’est parti pour le gavage !

Ce sont juste 200 m mais c’est tellement bon d’avoir une belle pente avec un duvet de poudreuse en pleine lumière quand on était parti pour jouer à la belotte tout l’après-midi au vu des conditions.

 

Retour à notre lieu de villégiature. Pas glop ! Le feu s’est éteint en 1 h et plus une braise. Recommence donc l’opération fartage de carton et mise à l’épreuve de notre patience. Enfin celle de Sandrine parce que je la laisse gérer et pendant ce temps je débite notre provision de bois.

Vient l’heure du dîner et après avoir apprécié les couleurs du coucher du soleil puis le ciel étoilé, on ne traine pas pour aller dormir.

 

Mardi 10 avril – Les nomades

07h40. Je pensais que la lumière du jour me réveillerait plus tôt mais au moins j’ai pu récupérer. Un coup d’œil au thermomètre : 2°C. Le combo duvet/couverture a été gagnant car j’ai presqu’eu trop chaud par moment. Et je ne comptais pas sur le poêle que l’on a laissé s’éteindre car de toute façon il consomme trop vite et l’on n’a pas monté 5 stères.

On passe rapidement au petit déjeuner et on fait le point. Le vent s’est levé pendant la nuit et il neige. Visi très réduite, Sandrine propose que l’on redescende et que l’on aille chercher à faire une course ailleurs, dans un endroit avec une meilleure météo. Je n’y vois pas d’objection. Même si l’on voulait rester à la cabane en espérant que ça s’améliore, il faudrait aller rechercher du bois et dans cette purée de poix ce serait une grosse galère sans être sûr d’avoir de meilleures conditions au final.

On boucle donc nos sacs, Sandrine prépare les azimuts, on échange sur les différents parcours possibles et on prend le chemin du retour. Je commence déjà à rentabiliser mon altimètre dont c’est seulement la deuxième sortie. J’avais noté que ça pouvait être particulièrement utile dans le brouillard, c’est confirmé.

On réussi à rejoindre la combe du Béal de la Pousterle au-dessus de la Bergerie inférieure de Mary. Comme elle est parsemé de mélèzes, cela nous donne un peu d’indication sur le relief et Sandrine me laisse passer devant en gardant un œil sur l’alti pour ne pas descendre trop bas. À la sortie de la combe on aperçoit le rocher de la Croix du Passour, pratique ces gros rochers sombres quand tout est blanc autour, ça nous donne un cap facile à suivre. Je continue en tête et mes seuls repères de relief restent les rochers et les arbres, sous mes pieds je ne vois rien et je gère au ressenti. Tout d’un coup le sol se dérobe et je sens que je suis dans le vide… J’attends l’impact et je ne tarde pas à reprendre contact avec la poudreuse qui amorti bien le choc. Je me retourne et me rends compte que je viens de passer une corniche de plus d’1 m. Plus de peur que de mal, je m’empresse de trouver un endroit qui me permette de voir arriver Sandrine et la prévenir.

On arrive enfin à la Croix du Passour et le temps de visualiser les objectifs à passer pour la descente que la chance nous sourie à nouveau. Plus besoin de boussole ni d’altimètre, le soleil se dévoile et c’est parti pour le gavage dans la poudreuse tout en slalomant dans la forêt. Environ 300 m sous endorphine…

 

Arrivé à la voiture, on range le matos, on met les chaînes et on part en direction du Col de Vars. Les conditions ne sont pas meilleures, le soleil s’est à nouveau voilé et on revient à St-Paul-sur-Ubaye pour le déjeuner et essayer de trouver un gîte pour le soir.

Le gîte visé n’ouvre pas avant 16h, entretemps le soleil est sorti pour de bon. On part faire une petite course au départ de la Petite Serenne. En démarrant à 15h45, même en face NW et en forêt c’est déjà bien collant. Malgré cela on monte 300 m où Sandrine me laisse devant tout en m’aidant à faire une bonne trace.

17h : demi-tour. Je reste en tête avec pour mission de ne jamais passer en-dessous de nos traces de montées. En même temps, je n’ai pas repéré grand-chose à l’aller, la forêt étant tellement chaotique avec des arbres rapprochés et des rochers proéminents… Néanmoins on pourra faire quelques courbes en dehors du sentier et j’arrive à m’amuser sur quelques tronçons techniques malgré la neige de plus en plus lourde au fur et à mesure de la descente.

 

De retour à la voiture on ne traîne pas pour aller toquer à la porte du gîte repéré à St Paul.

Gîte toujours fermé, numéros qui ne répondent pas. Le plan galère commence. On repère sur la carte les différents gîtes du coin, Sandrine les contacte. Soit ils sont fermés, soit ils sont complets…

On en essaie un dernier à Vars, même discours.

L’option cabane étant inenvisageable vu l’heure on tente notre dernière carte avec l’hôtel du refuge Napoléon… Changement de monde après l’austérité de la bergerie, plus besoin de monter du bois, on peut faire sécher nos affaires sur les radiateurs et prendre une douche.

Pour autant ça reste chaleureux avec les boiseries intérieures qui lui donnent un air de chalet.

 

Sandrine m’assigne une mission : préparer la course du lendemain. Je prends ça comme un gage de confiance et de responsabilisation. Elle me laisse autonome tout en gardant un œil pour me donner des conseils quand elle voit des options que je n’ai pas entrevu, comme par exemple d’aller jeter un œil dehors pour faire le lien entre la carte et le terrain vu que l’on a l’objectif en visu depuis la route.

 

Mercredi 11 avril – La Tête de Paneyron http://www.skitour.fr/topos/tete-de-paneyron,3624.html

C’est le grand jour. Comme j’ai du temps devant moi avant le petit déjeuner je revisionne la carte une nouvelle fois. J’ai pourtant ressassé l’itinéraire toute la nuit en me faisant une cartographie du relief mais je voudrais voir s’il n’y a pas des détails qui m’ont échappés, des points de repère caractéristiques…

Dehors la météo s’annonce comme prévu. Le ciel étoilé à laissé place à un horizon qui est en train de se boucher.

 

8h35, 1987 m, on est dans les clous.

Le BRA est a 2, la visi basse avec un ciel couvert, des flocons et du vent d’E annoncé à 70 km/h.

Sandrine fait place au silence. À moi de gérer, elle n’interviendra que si je prends de trop mauvaises décisions ou si je nous mets en danger.

 

Pour une première je suis gâté. Avec le plafond bas je ne distingue pas le relief du bosselage du terrain, voyant des bosses ou des creux qui n’en sont pas. Je trace à vu, au ressenti, essayant de rester constant dans le dénivelé. Les sapins et les sommets visibles me donnent des indications de directions. À moment donné on croise des traces de montée. J’hésite à les suivre, est-ce qu’ils vont au même endroit ? Est-ce qu’ils ne se sont pas trompés ? Est-ce qu’ils ont bien tracé ? Je choisis de les suivre quand ça m’inspire et de tracer quand je vois (ou crois voir…) un meilleur itinéraire pour nos raquettes.

 

J’essaie de pratiquer ce que j’ai appris au NA2. La méthode du 3x3, même si je la fais plutôt en découpé. Un coup je pense à mon équipe, un coup j’évalue le terrain, un coup j’analyse la météo, même si pour cette dernière c’est plutôt du continu vu qu’elle me donne mon niveau de visibilité.

 

2300 m on atteint le replat prévu. Pose pour faire un point sur la topo. En même temps on discute avec Sandrine sur cette première partie et sur l’itinéraire que je prévois pour la suite. On ne tracerait pas de la même manière mais on ne voit pas non plus le relief de la même manière. Néanmoins elle m’incite à faire comme je le sens.

 

2500 m. J’ai encore eu du mal à tracer avec cette visibilité et ces dromadaires… Je vois des bosses qui sont des creux et des creux qui sont des bosses… Enfin, j’ai réussi à atteindre l’objectif voulu sans nous mettre trop dans le dévers.

Le soleil qui essayait de percer se cache pour de bon, la visi baisse encore. Je ne sais pas si c’est une nappe de brouillard mais au-dessus je ne vois pas à 10 m et les cimes sont occultées. En-contrebas en revanche on voit assez loin.

Je suis pour le demi-tour. Sandrine propose que l’on monte sur la croupe juste au-dessus de nous pour chausser. Ça marche, on gravit la croupe et là le soleil redevient joueur. On a à nouveau une visibilité sur le sommet, c’est le doute sur le renoncement. Il nous reste moins de 300 m à gravir et la vue sur l’aval est assez bonne. C’est tentant de continuer, Sandrine est partante, on valide et on continue. Je garde tout de même constamment un œil sur nos arrières pour voir si la porte de sortie reste ouverte.

 

2650 m, on attaque la pente sommitale. La pente se redresse, je cherche une croupe à gravir mais n’en trouve pas à proximité et je n’ai pas envie de me prendre la tête. Au vu de mon « équipe » et des conditions je fais au mieux, je trouve un pan de neige dure ventée et je trace dedans quitte à forcer sur le dévers. J’ai confiance dans mes raquettes et au besoin je trace droit. Sandrine qui veut se mettre une caisse trace droit tout le long.

Un coup d’œil en arrière, la porte est en train de se refermer et on commence à prendre le vent. Est-ce qu’il est bon de continuer ? La visi dans la pente sommitale reste bonne avec 2 pans déneigés qui nous serviront de guide pour la descente, en dessous on devrait s’en sortir avec le combo boussole/alti et Sandrine connait la course. Je continue tout en vérifiant que l’on reste en visuel.

 

2785 m, arrivée au sommet de la Tête de Paneyron. On se pose sur le col juste en contrebas pour s’équiper en vitesse sous le vent sans rien sortir du sac.

On entame la descente sur neige dure et ventée, et dès que l’on est à l’abri du vent on termine de s’équiper.

On passe sur une couche de poudre bien agréable, seulement avec la visi on ne peut pas envoyer de la courbe donc le plaisir reste atténué.

Redescendu à 2500 il nous reste un passage à placer pour éviter des corniches et ensuite on est « sécure ».

S’ouvre à nous un vaste champ de poudre. Je reste devant et ne voyant pas le relief je vais à tâtons, tentant parfois des virages au ressenti quand la pente se présente sous ma planche, cela au risque de planter une carre et de me prendre un gadin surprise. Ça enlève de la saveur à la descente mais je me dis que ça permet à Sandrine de mieux l’apprécier vu que je lui montre le relief. Pour une fois qu’en tant qu’encadrante elle peut se permettre de ne pas ouvrir et d’en profiter.

 

On retrouve les sapins et mélèzes avec le terrain bosselé. J’espère une éclaircie de dernière minute comme les jours précédents mais ma prière est vaine. Je suis donc obligé de brider les chevaux pour être prêt à réagir si je rencontre une pente que je n’aurais pas vu venir. J’arrive tout de même à me trouver un petit half-pipe de dernière minute avant que notre course ne termine.

 

 

Désolé si mon récit vous a paru long. En même temps si vous lisez cette phrase, j’en déduis que le reste ne vous a pas rebuté.

Ces 3 jours ont été tellement riches et hors du commun que c’était pour moi l’occasion de remettre à plat pas mal de choses et de garder des notes qui me serviront pour la suite.

 

 

Je remercie Sandrine pour sa pédagogie, sa patience, sa confiance et tous ses conseils, retours d’expérience.

Je me rends compte après-coup que le fait d’être 2 m’a offert le privilège d’avoir un encadrement particulier et ainsi de faire un bond dans mes connaissances et expériences.

 

Pierre

CLUB ALPIN FRANCAIS MARSEILLE PROVENCE
14 QUAI DE RIVE NEUVE
13007  MARSEILLE
Contactez-nous
Tél. 04 91 54 25 84
Permanences :
Hiver : lundi 16h-18h30 et jeudi 18h-20h30 et Eté : jeudi 18h-20h

Grand Site Sainte Victoire

image Plus d'infos

PNR Sainte-Baume

image Plus d'infos

Parc National des Calanques

image Plus d'infos
Agenda